Deuxième voyage au Bénin (Avril 2010)
La mission «moustiquaires»
Première étape: achat des moustiquaires
Dès le retour de la mission 2009, nous avons recherché le moyen le plus simple et le moins cher d´acheminer les moustiquaires in situ. Le prix d´une moustiquaire en France avoisine les 40 euros, ce qui était beaucoup trop cher pour notre budget. La solution la plus simple était donc de les acheter directement à Cotonou. Lors de la mission 2009, nous avons pu constater que le prix en pharmacie était d´environ 5€, un peu moins sur le marché informel. C´était donc la solution la plus économique et la plus simple qui bénéficie indirectement à l´économie locale. Restait à trouver un fournisseur chez qui nous pouvions acheter 250 moustiquaires... Après avoir suivi différentes pistes en vue d´obtenir ce dont nous avions besoin, nous avons reçu une réponse positive de Palutech, un revendeur de moustiquaire basé à Cotonou qui acceptait de nous faireun prix. Il s´agissait de moustiquaires imprégnées 2 places longue durée vendues à 2 500 FCFA pièce, soit environ 3,8€. Le total du devis pour 250 moustiquaires était donc de 625 000 FCFA, soit environ 950€.
Nous nous sommes rendus chez Palutech dès le premier jour sur place, car il n´y avait pas de temps à perdre. Nous avons compté, une à une, les moustiquaires puis nous les avons mises dans des grands sacs étanches en prévision du transport. Il a fallu ensuite les acheminer au village que nous voulions aider. Nous avons donc loué un taxi pour le lendemain qui acceptait de fixer les moustiquaires sur son toit. En attendant la distribution, nous avons stocké les moustiquaires dans la maison de l´association Cœur Bénin à Lokoli. Pour finir, les moustiquaires ont parcouru le trajet qui sépare Lokoli à Tchihéigon à l´arrière de deux motos gracieusement mises à notre disposition par le délégué du village de Tchihéigon.
Deuxième étape: prévention auprès des villageois
Méthode de communication:
Nous voulions à tout prix nous différencier des grandes campagnes de prévention contre le paludisme, menées par les gouvernements ou les grandes institutions multilatérales, qui se limitent souvent à une simple distribution de moustiquaires. Au contraire, nous voulions communiquer directement avec les habitants de Tchihéigon et établir un dialogue de proximité sur le long terme afin d´obtenir un maximum d´efficacité de notre projet. Rappelons qu´une moustiquaire distribuée à un paysan sans effectuer de sensibilisation a toutes les chances de finir en filet à poisson, ou encore d´être revendue.
Notre message se voulait clair. Les différents points à abordés étaient les symptômes du paludisme, les causes du paludisme, les moyens pour s´en protéger, les moyens pour en guérir.
Nous voulions en particulier mettre l´accent sur le fait qu´il vaut mieux prévenir que guérir, et insister sur le gain financier que font les villageois à dormir sous moustiquaire : cela leur évite en effet de payer les antipaludéens. L´argent est un argument incitatif fort.
Supports utilisés: Les supports de communication se devaient d´être aussi imagés que possible pour éviter le problème de la langue et pour toucher la majorité des habitants du village. Nous avons fait le choix d'utiliser une bo&icric;te à images, obtenue grâce à la fondation Sanofi Aventis et imprimée en format A0 grâce à la direction des études de l´école des Mines de Paris, ainsi qu'une BD réalisée sur notre demande par un camarade élève en première année. La bo&icric;te à images nous a servi de support à notre discours de prévention, tandis que les BD, distribuées aux enfants, resteront sur place longtemps après notre départ et seront ainsi la preuve tangible de notre passage.
Prévention à l´école de Tchihéigon:
A l´école, nous sommes donc passés dans chaque classe pour parler du paludisme et des moyens pour s´en protéger. Puis nous avons distribué les BD en guise de travail à la maison et nous sommes revenus pour organiser une interrogation écrite. Pour motiver les enfants à écouter notre discours, nous avions promis des récompenses (sacoches, et cahiers) à ceux qui avaient obtenu les meilleurs résultats à l'interrogation.
Les résultats de cette évaluation ont été plutôt encourageants, les mauvaises notes étant généralement dû agrave; une mauvaise connaissance de la langue française et non à un manque de connaissance sur le paludisme.
Prévention auprès des femmes du village:
Nous avons réuni toutes les femmes du village un après midi. Le message à transmettre était le même que celui à faire passer à l´école, mais les conditions étaient moins favorables. S´il est facile de capter l´attention d´enfants impressionnables dans le contexte de discipline de l´école, cela devient moins aisé avec des femmes, parfois plus âgées que nous, et ne parlant pas un mot de français. Nous avons donc profité pleinement de la présence de Mahougnan qui nous a servi d´interprète et de relais. Le message a été écouté, et a même suscité des questions et des réactions. Il est toutefois difficile d´évaluer l´impact que cela aura eu chez des femmes complètement analphabètes. L´indicateur d´efficacité se résumera certainement à voir ce qu´elles vont faire des moustiquaires.
Troisième étape: allocation des moustiquaires:
Rappelons ici que la mission de reconnaissance avait, entre autres, permis d´estimer le nombre de moustiquaires nécessaires à 250 en se basant sur les données du recensement. Nous disposions du nom de chaque chef de famille, du nombre d´enfants par foyer et du nombre de moustiquaires par foyer. Comment dans ces conditions répartir au mieux ces dernières ?
La première solution qui nous est venue à l´esprit est de donner des moustiquaires à chaque foyer en fonction de ses besoins. Cependant, ce mode d´allocation des moustiquaires - en théorie le meilleur - nous a confrontés à de trop grandes difficultés. En premier lieu, nous manquions de données. Il aurait fallu passer dans chaque case pour voir si la place était suffisante pour le nombre de moustiquaires prévu pour ce foyer. Nous connaissions le nombre d´enfants mais nous n´avions certainement pas la répartition par âge. Or, sous une moustiquaire deux places, on peut facilement faire dormir 3 ou 4 enfant en bas âge. Nous risquions donc de donner trop de moustiquaires par case. De plus, il y avait la contrainte temps. La méthode supposait de quadriller le village pour retrouver chaque famille et lui donner les moustiquaires sachant que nous ne pouvions travailler uniquement de nuit, lorsque le travail des champs est fini et que tout le monde est au village. Enfin, et c´est certainement l´argument le plus fort, la méthode manquait cruellement de transparence. Les habitants de Tchihéigon auraient eu l´impression d´une distribution purement arbitraire, nous aurions suscité des jalousies entre familles. Le don aurait été personnel, sans procédure officielle pour attester du nombre de moustiquaires reçues. Il est certain que de certaines d'entre elles auraient disparu dans la nature...
La méthode choisie fut donc la suivante : nous avons distribué une moustiquaire par enfant scolarisé et une moustiquaire par femme n´ayant pas d´enfant scolarisé. Le nombre de moustiquaires que nous avions dimensionné n´était plus valide : il était a priori supérieur à celui pensé pour la nouvelle méthode. Nous avons quand même décidé d´en acheter 250, car nous avions le budget, et nous connaissions d´autres voies pour écouler le stock restant.
Néanmoins, la méthode a de nombreux mérites. Elle possède en effet une certaine logique, appréhendable par les villageois. La distribution se fait en deux vagues, dans l´espace public et au grand jour, avec de nombreux témoins et sous le couvert du chef du village et des ma&icric;tres, d´où une parfaite transparence et une bonne gestion du temps. Elle permet de ne pas séparer distribution et prévention, les moustiquaires étant à chaque fois distribuées après les réunions d´information : ainsi, on est sûr que chaque personne disposant d´une moustiquaire a entendu notre message et saura s´en servir. Elle encourage les parents à mettre leur enfant à l´école. Enfin, elle permet un traçage plus facile des moustiquaires car il est très aisé de retrouver un enfant scolarisé : il figure dans les registres de l´école et les ma&icric;tres suivent de près ou de loin son parcours.
Sur le stock initial de 250 moustiquaires, 155 ont été distribuées à Tchihéigon (40 en CM1/CM2, 31 en CE1/CE2, 34 au CP, 34 au CI et 16 aux mères). Se pose alors la question de la gestion du stock restant. Nous en avons tout d´abord donné 4 aux ma&icric;tres de l´école de Tchihéigon (une par ma&icric;tre). L´école est certes profitable, mais encore faut-il que les professeurs soit présents et en bonne santé. Ensuite, sur la suggestion de Mahougnan et en guise de remerciement à Coup de Coeur, nous en avons donné 4 aux répétiteurs de Lokoli. Ce sont des personnes, payées par l´association, qui aident les enfants à faire leur devoir. à l´instar des ma&icric;tres de Tchihéigon, il est bien de ne pas oublier les personnages clés dans le développement des villages. Puis, nous avons choisi d´en donner 60 au dispensaire de Koussoukpa pour relancer le processus de distribution aux femmes enceintes et aux nouveaux né, défini plus haut. L´infirmier est une personne de confiance et a reçu les recommandations de Barthélémy étchissé : nous sommes donc certains qu´il en fera bon usage. Pour finir, nous avons confié le reste à étchissé qui les garde précieusement dans la maison de l´association Coup de Cœur. Il les distribuera au compte goutte dans l´arrondissement au cours de l´année qui vient en donnant priorité aux familles qui en ont un besoin urgent. Nous nous en remettons à sa droiture et à sa connaissance des problèmes de l´arrondissement.
La mission «bibliothèque»
Première étape: naissance du projet
Comme vu précédemment, nous nous sommes rendus compte que la construction d´une bibliothèque serait extrêmement bénéfique aux enfants des villages de Lokoli et de Tchihéigon. Plusieurs éléments concrets nous ont confortés dans cette idée : nous avons tout d´abord rencontré Barthélémy, le chef de l´arrondissement de Koussoukpa (un arrondissement regroupe plusieurs villages) qui nous a expliqué qu´il avait lui-même pensé à construire une bibliothèque, mais qu´il n´avait pas les fonds nécessaires. Il nous a ensuite montré une petite pièce de la maison de l'association où sont stockés environ 3 mètres cube de cartons contenant de nombreux livres. Ces livres sont des dons récoltés par l´association Coup de Cœur pour le Bénin. On y trouve des livres jeunesse (par exemple, la collection « J´aime Lire » que les enfants ont appréciée durant notre séjour), mais aussi des livres pour adultes, ainsi que des livres scientifiques. Nous sommes par ailleurs partis à la rencontre des maitres d´école de Koussoukpa et de Lokoli pour leur parler du projet : ils en étaient ravis et nous ont assuré qu´ils organiseraient des sessions de lecture à la bibliothèque.
Deuxième étape: aspect technico-financier
Les détails techniques ont été réglés avec Barthélémy. Nous lui avons demandé le prix de la construction d´une bibliothèque d´environ 4*10 mètres. Le budget est le suivant :

A ce budget se rajoutent le bois pour faire la charpente et les meubles qui seront payés par Barthélémy. Il faut environ 20 jours pour faire les briques à partir du ciment, et 10 jours pour construire la bibliothèque à partir des briques. Il faut de plus finir les travaux avant la saison des pluies (qui commence généralement autour du mois d'avril). Les travaux commenceront donc en Février ou Mars. La bibliothèque sera implantée dans le village de Lokoli sur un terrain appartenant à l´association Coup de Cœur pour le Bénin. Les enfants de Koussoukpa et de Tchéhigon pourront ainsi, eux aussi, y accéder.
Troisième étape: nécessité de nouveaux livres
Par ailleurs, il nous est apparu, lorsque nous faisions des sessions de lecture avec les enfants, qu´il leur serait peut-être plus utile d´avoir à leur disposition des livres d´histoires africaines et pas seulement européennes. En effet, bien qu´ils raffolaient des « J´aime lire », il leur était souvent difficile d´appréhender le contexte des histoires, qui leur était en général totalement étranger. Nous avons donc le projet d´acquérir des ouvrages auprès d´éditeurs béninois, ce qui aura en plus l´avantage de participer à l´économie du pays.